L'Ennemi Intérieur

 

CREATION 2018

Texte contemporain inédit de Marilyn MATTEI

à partir de 15 ans

Actuellement édité aux éditions Tapuscrits du THEATRE OUVERT.

 

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                                                                                                 illustration de Samuel PIVO

"[...] Je me demande s'il y a encore  la possibilité de se trouver un bout de terre oublié, pas habité, pas abîmé loin de tout, coin de paradis, ou si c'est l'espace qu'il faudrait viser. Une cabane sur la Lune, un truc comme ça. [...]"

 

RESUME

Max a 16 ans. Max est parti. Sans dire ciao. Combien de temps ? On ne sait pas.   Où est-il ? on ne sait pas vraiment non plus. Jusqu'au jour où une vidéo est diffusée sur le Facebook du garçon. Dans cette vidéo, on voit Max exécuter « un type en orange ». Une cellule psychologique s'ouvre alors d’urgence au sein de l'établissement scolaire. Louise, enceinte, est appelée pour recueillir la parole des adolescents, notamment celle de George et Simon et de les faire parler, afin que « rien ne pourrisse ». Les deux adolescents – amis de Max - décident de kidnapper Selma, sa petite amie. Persuadés qu’elle est contaminée par « l’obscur » et « le sheitan », ils décident de la soigner pour ne pas qu’elle parte à son tour « au bord du monde » et garder l’unité de leur groupe.  Le tout est mené par Eddy, conjoint de Louise, la trentaine, surveillant de l’établissement scolaire, persuadé que l’action qu’il mène est une action juste, nécessaire, au nom de son pays, de sa patrie, de sa nation.  Mais lorsque l’émotion et notamment  la peur, prend le pas sur la raison, rien ne se passe comme prévu... Dans le noir, on prend le faux pour le vrai. On se bat pour chercher la lumière. On dérape. On fait « comme si ». On chasse l’obscur en levant nos propres bannières vers la liberté. On se bat « et demain il fera jour ». On se bat « et maintenant ? ».

 

 

L’ENNEMI INTERIEUR donne la parole à ceux qui gravitaient autour de lui – ses amis, le surveillant et sa fiancée - également psychologue. Dans ce huis-clos mental et physique, ces cinq personnages évoluent dans trois espaces : la chambre, la cave, la cellule psychologique.  En pleine confusion et sans repère – face au départ de ce garçon, - faisant partie intégrante de leur quotidien - ces personnages se laissent guider par leurs peurs respectives.  

L’ENNEMI INTERIEUR fait entendre, de manière fluide et virulente, la voix de deux générations : d’abord celle de ces adolescents, face à l’absence, construits par un langage singulier qu’ils se sont forgés. Ces fulgurances-adolescentes côtoient le discours des nouveaux adultes. Les trentenaires - Louise et Eddy - attendent un heureux évènement et absorbent comme des éponges les tristes évènements nationaux : le mot GUERRE a été lancé. Les dialogues – vifs et rythmés - sont entrelacés de tunnels de texte plus longs où la pensée et les rêves lumineux des protagonistes s’ouvrent, s’échappent et se cognent sur les quatre murs sombres qui les emprisonnent constamment.  La pièce offre une joute verbale violente et poétique où se combattent les champs lexicaux de l’ombre et de la lumière. 

Parce qu’ils forment un groupe d’inséparables amis, une meute, ou bien parce qu’ils ont la nation dans la peau, chacun pense agir pour le bien au point que la situation déraille. Dans cette cave -  Simon et George, paniqués à l’idée que Selma parte à son tour, kidnappe la mauvaise fille. Pour ne pas devenir un ennemi – notamment aux yeux d’Eddy, leur surveillant – ils doivent faire comme si -  Les ressorts de l’action sont-là ; les situations s’enchaînent à la manière d’une farce noire qui expérimenterait avec un certain humour grinçant comment l’émotion interagit avec la raison. Dans la chambre et la cellule d’écoute, Louise, enceinte, fait face aux conséquences que cette vidéo et cette constante atmosphère de guerre ont dans sa vie intime - avec Eddy, son conjoint - et professionnelle – auprès des jeunes. Elle avale les peurs des uns et des autres en essayant de les décharger de leur émotion. Elle cherche à écouter et à comprendre ; sans savoir ce qui se trame dans sa propre cave. 

Face au nationalisme grandissant, à l’obscurantisme persistant, aux radicalismes de toutes sortes  il faut - plus que tout – décloisonner la parole par le dialogue et les rencontres. Brouillé par les discours en tout genre, les informations et les images à ingurgiter en masse, le 13 Novembre est inscrit dans nos têtes. Les plus jeunes générations sont désormais touchées. Interroger l’après-attentat ? Oui, mais comment ?  Je me pose la question : Contre qui nous battons-nous ? Il paraît que nous sommes en guerre mais notre ennemi semble être une armée de fantômes, une ombre impalpable et inattendue. Nous jouons à cache-cache avec une menace invisible et sans frontière. A l’heure des réseaux sociaux, les termes d’identité nationale, d’état d’urgence, de fermeture des frontières, de déchéance de nationalité s’entremêlent aux «Je Suis» revendiqués en masse : la guerre des images prédomine celle des bombes. On érige des murs, on se retranche sur nous-mêmes.

Ce projet, au contraire, aurait pour enjeu principal de se créer avec des établissements scolaire, au sein des lycées notamment, en lien avec la jeunesse et de s’adapte à tous types de lieux.

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Mise en scène | Fabien HINTENOCH 

Dramaturgie | Marilyn MATTEI

Avec | Pierre CUQ, Pauline ESTIENNE, Annabelle HANESSE, Jules ROBIN & Alexis TOLLOMBERT

Scénographie & lumières | Cécile SCHAUFELBERGER

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Avec le soutien de LA DISTILLERIE: lieu de création théâtrale et avec la collaboration du Théâtre de l'Oulle et du Théâtre de l'Oeuvre.

Fabien Hintenoch a déjà eu l'occasion de mettre en lecture ce texte avec les élèves du Conservatoire de Poitiers en Février 2018.

 

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Dossier Spectacle "L'Ennemi Intérieur"